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24 juin 2009 3 24 /06 /juin /2009 18:29
 

Il est confié à l’éducation nationale de grandes ambitions : offrir à tous les enfants le même accès aux savoirs pour une égalité des chances d’accéder au métier souhaité. Cela implique entre autres la gratuité et la laïcité d’un enseignement de qualité, la présence sur tout le territoire d’établissements et d’enseignants compétents et motivés, dans tous les domaines disciplinaires.

 

Si la gratuité et la laïcité sont des choix purement politiques toujours possibles, on voit bien la difficulté de mettre à disposition en tout point du territoire une multitude de spécialités ou filières de formations opérationnelles.

La société doit donc faire des choix, en fonction notamment de ses «besoins de fonctionnement», mais aussi du projet de société qu’elle formule pour les décennies à venir : ainsi, il faut former suffisamment, mais pas trop, de boulangers, de juges ou de médecins pour que la société de demain fonctionne. Il faut aussi entretenir suffisamment de chercheurs et de penseurs pour nous aider à imaginer le monde de demain…

 

 De ce fait, la capacité d’accueil de chaque filière doit être limitée après une étude soigneuse des besoins futurs, sans se laisser influencer par les lobbies aux intérêts particuliers et cours termistes. Seul un service de l’état peut assurer cette réflexion et cette régulation au niveau d’un pays, sur le long terme, de façon objective et dans l’intérêt de tous. Seul l'état, en lien avec les organisations professionnelles, peut définir et contrôler le niveau requis pour chaque diplôme, en harmonie avec les autres états européens. La nécessité d’avoir une entité centralisée de l’éducation est donc évidente.

 

Mais n’y a-t-il pas d’effets pervers liés à cette centralisation ? et si la capacité des filières est limitée, comment organiser la sélection des élèves et apprentis ?

 

La centralisation du système éducatif : Si elle est garante d’une équité au plan national, la centralisation génère des lourdeurs omniprésentes.

Toute initiative originale est contrainte à s’inscrire dans des procédures ou circulaires administratives souvent rédigées par de purs technocrates insensibles et inconscients de la réalité d’un établissement scolaire. De nombreux enseignants abandonnent l’idée de projets pédagogiques innovants à cause de ces lourdeurs et des responsabilités civiles et pénales croissantes qu’ils doivent assumer seuls.

 

La centralisation de la gestion des postes génère par ailleurs une rigidité dans les mutations et les évolutions de carrière ; les enseignants ne sont identifiés que par leur spécialité et leur échelon, alors même que les individus ont de plus en plus besoin d’une évolution personnalisée de leur carrière. Et si le monde bouge vite, comment une structure aussi rigide et peu réactive peut-elle s’adapter aux changements sociétaux incessants ?

 

Enfin, le système à force de se vouloir équitable dans le traitement des fonctionnaires, ne développe-t-il pas d’injustices criantes quand il ne distingue pas l’enseignant passionné (et souvent passionnant pour ses élèves) d’un individu englué dans une routine désespérée (et désespérante pour les élèves) ?  S’ils ont le même statut, ont-ils le même impact sur la société et est-il équitable de ne pas reconnaître les efforts des uns, où les conditions d’enseignement difficiles des autres ?

Est-il équitable de laisser les jeunes enseignants se casser les dents sur des postes réputés difficiles quand des agrégés expérimentés et confortablement payés vont effectuer des services réduits dans des lycées « de choix » ?

Est-il équitable de voir, à quelques kilomètres de distance, des classes de plus de 30 élèves et des classes de 15 élèves ?

 

S’il est vrai que le moteur d’un enseignant de la république doit être avant tout la vocation, n’est-il pas possible d’imaginer un système à la fois plus équitable et plus réactif, plus humain et plus évolutif , et au final plus efficace ? Pourquoi ne pas concevoir un vrai management local des équipes avec une vrai liberté pédagogique et une capacité à encourager les pédagogies et projets innovants, tout en s’inspirant des travaux de recherche pédagogique des pays en pointe dans ce domaine ? (Finlande, Suisse, Danemark, Canada…)

Pourquoi ne pas favoriser les possibilités de changements de carrières de façon à faire renaître les motivations et à éviter des générations d’enseignants aigris par les problèmes récurrents non reconnus et non traités par leur administration.

 

En résumé, pourquoi ne pas inventer un système alliant le meilleur du management et de la pédagogie, avec une tutelle centralisée garante du niveau pédagogique mais reconnaissant la capacité à des structures locales à se gérer, à inventer l’école, le lycée, l’université de demain, dans l’intérêt des élèves et de la nation ?

 

Il est certain que de tels changements ne pourront subvenir dans un contexte où les gouvernants ne seraient intéressés que par des réductions budgétaires sans considération pour la qualité d’enseignement sur le long terme, et tant que les syndicats bien peu représentatifs ne militeraient que pour un maintien des acquis et des effectifs sans oser penser autrement le métier d’enseignant et l’organisation de l’éducation nationale, allant même parfois jusqu’à oublier l’intérêt des élèves.

Enfin, il faut aussi que les parents d’élèves, et pourquoi pas tous les citoyens, s’impliquent également dans le processus d’analyse et de réflexion, constituant ainsi un contre-pouvoir pour que la question de l’éducation ne soit plus malmenée par les seuls populistes et comptables de la république.

 

 

La régulation des filières de formation :

Comment traiter cette équation impossible ? Comment arriver à concilier le nombre de diplômés d’une filière avec les besoins réels du pays ? Et par quel miracle ces besoins réels correspondraient-ils exactement au nombre d’étudiants intéressés par cette filière ?

 

On devine combien il serait déraisonnable, par soucis de préservation de la liberté individuelle, de laisser chaque étudiant choisir sa filière sans contrainte de sélection de compétence, ni de quotas. Comment pourrions-nous dans ces conditions réduire significativement le chômage ?

Par ailleurs, comment prendre le risque d’engager durablement un élève, futur citoyen, dans une voie qu’il n’aurait pas choisi ? Comment espérer qu’il s’épanouisse et participe positivement à la construction de son pays ?

Toutes ces questions montrent bien la difficulté d’harmoniser les besoins, les souhaits et les capacités de chacun d’entre nous.

 

Admettons tout d’abord que tous les citoyens aient effectivement accès à une éducation générale de base de qualité (primaire plus collège) afin que leurs chances de succès vis-à-vis de leurs futures ambitions professionnelles et personnelles soient maximales.

 

Si nous admettons ensuite que les filières doivent être dimensionnées en fonction des besoins futurs (qu’il faudra évaluer avec soin et objectivité, donc pas seulement par des syndicats professionnels trop corporatistes), il faut donc sélectionner ceux qui pourront entrer dans chaque filière. Idéalement, il faudrait sélectionner sur compétences (aptitudes humaines y compris) et sur motivation. Il est tellement regrettable de voir notamment des médecins fraîchement diplômés et si peu faits pour exercer, par leur manque de qualités humaines, ou du fait de leur seul intérêt pour l’argent.

 

Mais pour sélectionner sur compétences, on ne peut sélectionner à priori à l’entrée de la filière. Il faut donc prendre le risque de former des étudiants une année (ou plus ?) pour pouvoir les évaluer, mais aussi pour que ceux-ci confirme leur choix et leur motivation pour la filière. Cette année doit donc être construite en conséquence et pas seulement comme une année de bourrage de crâne qui épuisera et éliminera les vraies vocations au profit de personnalités plus brillantes mais au final moins en harmonie avec le métier choisi.

 

Par ailleurs, il faut multiplier les possibilités de passerelles entre filières et ce à tous les niveaux, de façon à permettre la maturation d’un projet personnel au fil des années de formation.

De la même façon, il faut multiplier les passerelles entre tous les métiers de façon à favoriser les projets d’évolution, diminuant ainsi les phénomènes d’usure tout au long des parcours professionnels, favorisant l’épanouissement personnel, mais également de façon à répondre aussi aux besoins de reconversions imposés par le marché du travail.

 

Enfin, ne faudrait-il pas développer un service efficace de conseil et de communication sur les très nombreuses filières ?

En effet, il est regrettable que le choix de carrières ambitieuses soit trop souvent réservé aux « héritiers » c'est-à-dire aux enfants issus de milieux naturellement bien informés et proches d’une certaine forme de pouvoir.

A l’inverse, moins le milieu familial est au fait de la diversité de la société, moins les enfants sont incités à participer à cette diversité, et de ce fait, leur horizon est souvent limité aux filières connues par leur entourage.

 

De même, les ruptures de carrières sont-elles le plus souvent subies, car la société n’invite guère à sortir de sa « spécialité ». Une carrière trop variée apparaît ainsi plus suspecte d’instabilité que le signe d’une personnalité riche, curieuse et volontaire, façonnant sa vie au fil des âges. Il est évident qu’une personne ayant connu des milieux et conditions de travail variés, est plus apte à prendre du recul et pose un regard différent sur les difficultés professionnelles.

 Notre société ainsi cloisonnée ne se prive-t-elle pas d’une grande richesse de points de vue, de cultures, de méthodes, d’imagination et de tolérance dans les rapports humains ?

 

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MAIS QUE PUIS-JE FAIRE, moi, simple citoyen ?

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Published by yl74 - dans Education
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  • : Tout ne va pas bien sur la planète, certes, mais que puis-je faire, moi simple citoyen ? D'abord, analyser un peu pour me faire une opinion, puis choisir un moyen d'agir... car il y en a ! Vous verrez que la simple conscience du pouvoir de changer même modestement les choses rend optimiste ! L'espoir est là et le bonheur n'est pas si loin...!
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